Merci de respecter mon travail.
Le défi avait le goût de l'impossible. Prouver que l'on peut être un acteur d'Hollywood et un musicien. Ce pari fou, beaucoup l'ont tenté sans y arriver. Jared Leto, lui, en a fait une formalité. En seulement deux albums, le petit duo formé par les deux frères Leto dans leur chambre d'adolescents est en passe de devenir l'un des groupes les plus encensés de la galaxie rock. Voici l'histoire de 30 seconds to Mars.
Impossible de dater avec exactitude l'acte de naissance du groupe. Et pour cause : d'aussi loin que les frères Leto se souviennent, ils n'ont jamais cessé de faire de la musique ensemble. 30 Seconds To Mars est donc en quelque sorte né en même temps que ses deux membres fondateurs.
Le 9 mars 1970 pour Shannon et le 26 décembre 1971 pour Jared. Tous deux voient le jour à Boissier City, une ville paisible de 50 000 habitants au nord de la Louisiane, où ils passeront les premières années de leur enfance.
Leurs parents divorcent peu après leur naissance. Ils sont confiés à leur mère, Constance, qui se remarie avec un certain Carl Leto, immigré d'origine italienne. Celui-ci les adopte et leur donne son nom. Le couple ne va pas durer mais Jared et Shannon vont conserver le patronyme de ce père furtif.
L'atmosphère familiale va marquer durablement les deux garçons, aussi bien dans leurs goûts musicaux que dans leur personnalité. On vivait dans une espèce de communauté d'artistes, genre hippie, se souvient Shannon. Tout le monde écoutait de la musique. C'est donc tout naturellement qu'on a pris les instruments très tôt.
Matt est né le 5 janvier 1976 à Pottsville en Pennsylvanie. Il a passé la plupart de son temps avec sa famille entre le New Jersey et Boston. Un enfant actif, baseball, football et la natation. Il s'est également rendu au Space Camp. Mais son intérêt pour la musique est plus fort que tout depuis l'âge de 5 ans. Entre 5 et 8 ans, Matt expérimente plusieurs instruments, en se concentrant principalement sur le piano et la batterie.
Le 3 septembre 1979 à Sarajevo est né Tomisvlav 'Tomo' Milicevic. Il a commencé à jouer du violon à l'âge de 3 ans avec son oncle Bill Milicevic qui est aussi musicien professionnel et professeur à la faculté du Michigan. Alors que Tomo n'a que 8 ans, sa famille, Damir, Tonka, Ivana et Filip déménagent pour Détroit dans le Michigan.
Pendant ce temps, Constance Leto parcourt les Etats-Unis avec les deux garçons sous le bras. La famille ne cesse de déménager et s'installe successivement dans différentes villes du Colorado, du Wyoming, de Virginie, allant même jusqu'en Haïti. A la maison, la musique est toujours aussi omniprésente. Les disques des Beatles, de Cat Stevens, de la chanteuse folk Joni Mitchell ou de Steely Dan constituent le gros de la discothèque familiale. Nous n'avons pas grandi avec la télé, explique Shannon. Nous étions vraiment pauvres. Nous n'avons pas eu de G.I. Joe. Nous avions la musique et les shows. Avec le manque d'information comme la télé, nous nous évadions par la musique, l'art, la peinture et tous ces trucs. C'est comme ça qu'est venu 30 Seconds To Mars. C'est un projet énorme d'art.
Les garçons grattent leurs premières notes de guitares dans la chambre de Jared qui joue aussi du piano. Mais très vite, Shannon se sent irrésistiblement attiré par les casseroles de sa mère qu'il s'amuse à frapper à coups de cuiller en bois. Nous avons toujours joué de la musique, mais il était un prodigue de la batterie, relate Jared. Et puis nous avions un ensemble de tambours et de matériel, c'était plutôt bizarre. Il jouait de tout, du jazz au rock. C'est quelque chose que nous faisons depuis que nous sommes très jeunes. J'ai joué du piano classique durant de nombreuses années. J'ai toujours joué un peu de guitare et je chantais aussi. Je n'étais pas vraiment intéressé par ça. Je pensais que c'était inaccessible. Mais en prenant de l'âge, j'ai réalisé que c'était quelque chose que je pourrais faire.
Je joue un peu de guitare et du piano, mais j'aime être derrière, continue Shannon. Je m'amuse vraiment. Etre batteur, c'est expressif et j'aime savoir que je peux faire ce que je veux. Je ne joue pas exactement la même chose chaque soir. [...] Je suis autodidacte, aussi bien pour la photographie que pour la batterie. L'école n'était pas pour moi. Je ne vois pas le but de rester assis pendant 45 minutes avec un professeur qui m'explique ce que je peux lire plus vite tout seul. C'est toujours les mêmes choses qui sont régurgités encore et encore. Par contre, je lis énormément.
Débrouillard, Jared manifeste un goût précoce pour l'indépendance et se met en quête d'un premier job. A 12 ans, je faisais la plonge dans un restaurant gril pour à peine 2,50 $ de l'heure. Mais c'était plutôt cool finalement. Je bossais avec des gars paumés comme moi.
Il s'endurcit, et trouve de nouveaux échappatoires pour se changer les idées : les jeux vidéo, la lecture. Il dévore des livres de mythologie grecque, et surtout la peinture. Le peu de stabilité géographique du foyer a vite fait d'influer sur les résultats scolaires. Et malgré sa gueule d'ange, c'est avec les bad boys de son lycée que Jared se met bientôt à traîner. Le lycée est un endroit sombre. Je n'ai jamais été un garçon populaire du bahut, au contraire. Je préférais la compagnie des freaks. J'avais d'autres préoccupations que me trouver une petite amie ou d'entrer dans l'équipe de foot.
L'artiste reste assez évasif sur cette période de sa vie. La rumeur, elle, prétend qu'il aurait passé quelques heures au commissariat pour des délits mineurs. Aujourd'hui, lorsqu'il évoque son enfance de bohème, c'est toujours avec une bienveillance teintée de nostalgie. Vivre dans cette ambiance hippie, avec tous ces artistes différents que ma mère fréquentait, musiciens, peintres, photographes, c'était une fantastique expérience. On célébrait l'art et la créativité sous toutes ses formes, sans jamais nous imposer de limites. J'ai toujours gardé cet esprit nomade au fond de moi.
Shannon, à quant à lui, malgré qu'il ne sache pas lire une partition de batterie, cela ne l'a pas empêché de jouer dans un groupe de jazz. Il écoutait les morceaux et il les mettait à sa sauce. Il a joué avec le groupe pendant un an et pour la deuxième tournée, on lui a demandé de passer une audition. Il était persuadé qu'il serait pris. Il y est allé très confiant. Le professeur était dans un immense auditoire. Il devait jouer Owner of a lonely heart de Yes. Instantanément, il a commencé à jouer. Le professeur lui demanda après de lire la partition et même s'il avait joué chaque note, il était incapable de le faire. Il l'a remercié et il n'a jamais été rappelé. Pourtant, il jure mordicus qu'il connaissait parfaitement le morceau.
C'est au lycée que Matt passe son temps à jouer dans des groupes. Il décide de jouer de la basse parce qu'il voulait jouer dans un groupe et le groupe avait besoin d'un bassiste. Mais il n'a aucune expérience en tant que bassiste, la plus proche est avec la guitare. Son modèle reste le regretté Cliff Burton.
Par la suite, Shannon quitte le premier l'école à 16 ans, rapidement imité par son jeune frère. L'aîné développe sa passion naissante pour la photographie tandis que Jared veut tenter sa chance dans la peinture, et part s'installer seul à Philadelphie pour suivre les cours de l'University of the Arts. Pour financer le cursus, Jared se met à la recherche d'un boulot de nuit. Or, pour travailler dans un bar ou une discothèque, il faut être âgé d'au moins 21 ans. Il se fait faire une fausse carte d'identité et postule comme videur dans une boîte de nuit. La supercherie fonctionne, mais la fatigue engendrée par les horaires de travail rend difficile le suivi des cours. Sans compter que l'adolescent n'est pas tout à fait sûr de sa vocation. Suivant son instinct autant que le hasard, il s'inscrit alors dans la section cinéma de la School of visual arts de New York. Il y apprend la mise en scène et réalise son premier court-métrage intitulé Crying Joy. Il s'y réserve même un rôle, comme cela, pour voir. Avant de constater que faire face à la caméra, c'est aussi agréable que de se placer derrière...Direction Hollywood. Jared, a 20 ans. Je suis arrivé à Los Angeles avec 400 $ en poche et un sac à dos. J'ai logé dans des auberges de jeunesse, chez des amis, n'importe où.
A Los Angeles, une fois son premier book photos payé avec le peu d'argent qu'il possède, le cadet des Leto commence à faire la tournée des castings. Fort de son minois de jeune éphèbe, il décroche rapidement un petit rôle dans une série sans lendemain. Shannon, qui compte sur le soleil californien pour lancer sa carrière de photographe, le rejoint bientôt. Les frangins décident de partager une petite chambre où trônent une batterie et quelques amplis Marshall. On est en 1992 et c'est la folie Nirvana.
Victime consentante, Jared n'échappe pas à la tornade grunge, lui aussi. Il continue aujourd'hui de citer le combo de Seattle comme l'un de ses groupes préférés. Shannon, lui, préfère les années 80 de Depeche Mode. Tous deux se retrouvent sur Bowie, Cure, Pink Floyd ou Led Zeppelin. Portées par le rock des années 90 dont les contours commencent à se dessiner, les compos des deux frères prennent une nouvelle dimension. D'abord folk, les morceaux deviennent plus agressifs. Mais la musique peut encore attendre. Jared ne veut pas dévier de l'objectif qu'il s'est fixé. Sans oublier que si la créativité des colocataires est foisonnante, le frigo, lui reste désespérément vide.
C'est à la même époque que Tomo découvre le rock où il assiste à son premier concert. Il décide de commencer à jouer de la guitare malgré qu'il trouve cet instrument trop simpliste. Ses parents n'ont pas les moyens de lui acheter une guitare. Aidé par son père, il se fabrique sa première guitare qui finalement lui coutera plus cher qu'une vraie.
Les frères Leto écrivaient de la musique ensemble depuis un moment. Mais sans vraiment se prendre au sérieux. Ce qu'ils faisaient, ils l'adoraient mais ils voulaient en faire quelque chose d'autre, quelque chose de plus concret pour occuper leur temps libre. C'est ainsi qu'ils décidèrent que quelque chose devait se passer. Lorsque nous avons tout juste commencé à jouer de manière obsessionnelle, nous essayions de trouver des studios de merde qui ne soient pas trop chers et que nous pouvions utiliser, reconnaît Shannon. Nous avons vécu ce simple fait comme un grand saut hors de notre chambre. On jouait dans des garages, dans des studios merdiques ou dans n'importe quel endroit où il y avait un ampli que l'on pouvait louer.
Après un nouveau second rôle dans une série déprogrammée au bout de seulement 13 épisodes, le miracle hollywoodien se produit enfin. Jared est choisi par les producteurs de la série Angela, 15 ans pour incarner Jordan Catalano, le rocker ténébreux dont Angela, alias Claire Danes, est secrètement amoureuse. Le feuilleton diffusé sur ABC en 1994 et trois ans plus tard sur France 2, connaît un succès non négligeable mais la chaîne décide malgré tout de mettre fin aux dilemmes sentimentaux des deux héros après 19 épisodes. Peu importe, la presse adolescente s'est entichée de l'amoureux torturé et sa carrière décolle pour de bon.
Tomo part s'installe à Seattle pour y suivre des études de cuisine. Il devient chef cuisinier et pâtissier diplômé. Mais la musique reste sa principale passion. Il a joué un moment avec un groupe local du Michigan appelé Morphic.
De 1995 à 1998, Jared enchaîne les tournages tels que Urban Legend, Fight Club ou Panic Room mais la célébrité n'est pas encore au rendez-vous. Et la musique ? Justement, malgré un emploi du temps miraculeusement garni, Jared n'envisage pas une seconde de jeter la 6 cordes aux oubliettes. Nombre de ces salles de répétitions furent louées dans l'idée d'engager d'autres musiciens pour transformer l'idée en un groupe. La méthode qu'ils choisirent pour trouver de potentiels collaborateurs était incroyablement compliquée. On prenait un bout de papier, on y écrivait une petite annonce et on le laissait dans des magasins de musique ou des cafés, explique Jared avec une grimace. La seule chose que l'on a pu en tirer, c'est un tas de types louches.
On savait ce qu'on ne voulait pas, et on en a trouvé plein, poursuit Shannon. Avec le recul, je me suis rendu compte qu'on aurait dû filmer les gens qui passaient notre porte. Ça aurait fait un super DVD.
On a eu droit à tout, du sosie de Slash au pire, confirme Jared. On a eu des dieux de la guitare à la Yngwie Malmsteen tout droit sortis de l'école de guitare et tout une tripotée de punks rockers. Notre grand défi, c'était de trouver quelqu'un qui nous plaise, qui nous intéresse et avec qui on s'entendrait bien. Mais qui serait également capable d'évoluer aisément entre les sons qui nous intéressaient. On s'est rendu compte que l'on trouvait soit des métaleux qui voulaient tout déchirer, soit des gens qui n'étaient intéressés que par un seul genre de musique. On a aussi rejeté des propositions d'un groupe de metal. Il était mauvais.
Pendant un certain temps, les frères Leto eurent le sentiment qu'ils ne trouveraient jamais quelqu'un avec qui le courant passerait. Une série de bassistes défila, tandis que le groupe continuait à faire des concerts et à tenter de trouver un contrat. Sans se décourager, ils commencèrent une tournée. Et ils tournèrent avec n'importe qui. Absolument n'importe qui. A un moment, on a fait la première partie de Fishbone, se souvient Jared, avec un mélange de fierté et de honte. On a fait la première partie d'un groupe de grindcore mexicain une fois. On a fait la première partie de groupes de metal, des groupes d'art rock ou de folk. On a fait la première partie de n'importe qui, n'importe où et n'importe quand, ou alors, on était en tête d'affiche. On a joué avec des groupes différents et personne ne s'en est aperçu.
Le groupe n'a jamais caché Jared au public en le faisant asseoir derrière la scène ou dans le van jusqu'à ce qu'il soit temps de monter sur scène. Mais ils se montraient attentifs dans le choix des endroits où ils jouaient. La majeure partie de leur tournée s'est faite hors de Los Angeles, à des endroits où personnes ne s'attendrait à voir un acteur en tant que leader d'un groupe de rock.
Ainsi, nombre de concerts au début se jouèrent dans des bars de motard à côté de la route, de vieilles églises, des centres de loisirs, des bibliothèques ou des gargotes à Nulleparttown. N'importe quel endroit inattendu. Cela compliquait les choses que je sois dans le groupe, admet Jared. Nous savions que ce serait un défi. Et nous étions tout à fait conscients que cela nous demanderait plus de boulot que si je n'appartenais pas au groupe.
Nous ne faisons pas attention à ça, rajoute Shannon. Nous essayons de faire parler la musique pour elle-même et ça le fait. Les seules personnes qui semblent avoir un problème avec ça sont la presse et les radios. Les fans n'ont pas ce problème. Ils viennent à notre rencontre. A la fin de la journée, je pense que les gens peuvent se dire si quelque chose est vrai ou non. Mon frère est un artiste et il fait plusieurs choses à côté de son métier d'acteur. C'est simplement honteux que notre société mette les gens dans des catégories. Nous ne sommes pas vraiment concernés par ça. Nous faisons juste ce nous savons faire et nous donnons tout ce qu'on peut.
Mais aucunement intimidé par cet obstacle, le groupe s'est mis au travail. Je pense qu'en écoutant et en m'identifiant à plusieurs groupes quand j'étais un peu plus âgé, j'ai vraiment commencé à changer mon intérêt et ce que je pensais de la musique, explique Jared. Ça m'a vraiment inspiré pour faire de la musique. Et mon frère a toujours joué avec plusieurs groupes, c'était un peu de tout, de Rush à Metallica. Il était un métaleux pour un temps puis redescendait sur terre. On a toujours fait ça, jouer dans des groupes ensemble. Ça s'est développé, développé, développé. C'était quelque chose qu'on faisait en privé et à un certain moment, nous avons découvert qu'il y avait un genre d'accomplissement dans ce processus. Quand tu donnes la musique et que les autres personnes se l'approprient, ça devient comme la BO de leur vie. Alors ils viennent dans ces lieux publics et partage cette expérience très privée. C'est quelque chose de vraiment magique. Donc cela nous a vraiment inspiré et poussé à vouloir faire un disque, une collection d'idées.
Au début, les membres du groupe formaient un convoi avec leurs voitures pour se rendre à leurs concerts. Ils en prenaient la tête et lisaient les cartes à tour de rôle et se parquaient dans des stations-services pour faire le plein et changer l'ordre des voitures. Mais ce n'était pas simplement pour se déplacer d'un concert à l'autre en Californie. Ils firent ainsi des tournées américaines. Cela faisait partie de l'aventure : Trouver la romance dans les aspects les moins romantiques de la vie en tournée. Mais un immense progrès se fit ressentir lorsque les membres du groupe purent s'offrir un camping-car dans lequel ils pouvaient voyager ensemble. Le moral était au plus haut, tout comme le toit du bus mais l'intérieur était assez réduit. Leur joie fut de courte durée. En fait, on a dû finir par se débarrasser de ce camping-car, avoue Jared. Le vent a failli le renverser pendant qu'on roulait en Arizona. Il était trop haut et le vent soufflait si fort qu'on ne pouvait plus rouler. D'ailleurs, il s'est déjà renversé plusieurs fois.
C'était comme faire de la voile contre le vent dans un van, continue Shannon. Il fallait s'y allonger pour garder les roues sur la route.
Ils continuèrent à faire des tournées et à distiller leurs influences en sonorités ayant la dimension, la portée et l'impact qu'ils recherchaient.
Mais obtenir un contrat pour un album en comptant sur l'aide d'une démo sans étiquette, sans aucune biographie ni photo promotionnelle, en proposant un concert en petit comité à deux heures de route de n'importe quel bureau de maison de disques, l'impossible. C'est ce qu'a pu constater le groupe en postant des paquets de manière anonyme à des représentants de labels et en les invitant à venir les voir jouer à Santa Barbara.
Cela dit, une imposante assemblée de 4 représentants fit le trajet ce soir-là. Le groupe fait ce qu'il a toujours fait. Il installe son matériel et joue ses morceaux de 13 minutes, qui mêlent les univers de la musique électronique, du rock psychédélique et alternatif. Se qualifiant eux-mêmes de compositeurs de rock spatial, ils ont puisé leurs influences dans des groupes tels que Pink Floyd, Led Zepplin, Rush, Brian Eno, Cure, Depeche Mode, Björk ou encore Iron Maiden, Metallica mais la liste est longue. On écrivait des chansons à rallonges vraiment conceptuelles. La salle était parfois dubitative, mais ça n'avait aucune importance. Dans nos têtes, on se disait, si ça vous plaît, restez. Sinon, cassez-vous !
Étonnamment, tandis qu'ils rangent le matériel, 30 Seconds To Mars se voient abordé par un ou deux des représentants qui leur annoncent qu'un contrat serait envoyé par la poste dès le lendemain. Par la suite, ils passèrent un coup de fil le lundi suivant afin de conclure l'affaire. Un résultat plutôt remarquable, étant donné la stratégie peu conventionnelle que le groupe avait employée.
Le lundi arriva et personne n'appela. La boîte aux lettres resta vide. Le groupe poursuivit sa route, indifférent. Nous étions si naïfs à ce moment-là, se souvient Jared avec un sourire. Nous ne nous rendions pas compte à quel point, il était ridicule de jouer pour des maisons de disques si loin de Los Angeles. Lorsque nous voulions obtenir un contrat, nous n'avons pas envoyé de colis à la presse ou pris de grand manager en essayant de boucler un contrat, nous avons simplement fait des concerts et y avons invité des gens. C'était purement logique.
En dépit de leurs méthodes peu orthodoxes, 30 Seconds To Mars existe toujours et gagne toujours plus en popularité. Malgré tout, l'évocation du groupe suscite encore une majorité de moues hésitantes chez les spectateurs. Les cachets de Jared leur ont permis d'acheter le matériel nécessaire et son relatif anonymat ne risque pas de fausser les réactions du public.
Pour la scène, le duo s'entoure de deux guitaristes supplémentaires, Solon Bixler et Kevin Drake en plus de Jared et d'un bassiste dont la postérité n'a pas retenu le nom. Pour rester discret, le groupe change de nom tous les soirs s'est d'abord appelée Life On Mars, inspiré d'une chanson de Bowie. On a commencé à jouer à Los Angeles dans des lieux et sous des noms différents. On choisissait des noms comme ça donc personne n'y prêtait attention. Nous voulons juste jouer devant les gens. [...] On craignait que certains patrons de clubs de centre-ville se servent du nom de Jared comme d'un argument commercial. Et nous utilisent comme vitrine, explique Shannon. On n'était pas là pour le business. Ce qu'on voulait, c'était la liberté.
Il devient désormais indispensable de baptiser définitivement le groupe. Il s'impose après une incursion fructueuse sur internet. On est tombés sur une thèse écrite par un ancien professeur de Harvard sur le progrès scientifique, raconte Jared. Il y avait un intertitre intitulé 30 Seconds To Mars. L'Argus Apocraphyx, c'est une citation dans le livre. L'auteur y expliquait que vu la vitesse à laquelle progresse la technologie, on pouvait considérer qu'on était plus qu'à 30 Secondes De Mars. C'est grand. C'est théâtral. Ça signifie quelque chose avec la musique. Ça avait du sens pour nous, et puis ça illustrait bien notre univers.
Les frères Leto ont aussi choisi Mars parce que c'est la planète la plus convoitée par l'homme par son apparente accessibilité future mais aussi parce qu'elle symbolise l'inconnu, le mystère et c'est un lieu d'évasion pour l'esprit. Mais leur musique ne s'arrête pas à cette planète, c'est un appel à tout l'univers.
Pour symboliser le nouveau nom du groupe, 30 Seconds To Mars ont conçu des Glyphs. Quatre symboles qui peuvent avoir plusieurs significations mais qui ne peuvent s'écarter du groupe. Ils utilisent également des noms empruntés à la mythologie grecque, romaine et scandinave, notamment sur leur site internet.
Pour parfaire ce monde symbolique, ils ont construit une image qui correspond à leur univers. Ils ont choisi une devise Provehito In Altum qu'ils interprètent en anglais Launch forth into the deep, en français Se jeter dans la profondeur ou Parvenir au plus profond avec au centre le Phenix, oiseau qui renaît de ses cendres dans la mythologie égyptienne. Laissez-moi juste dire aux gens que le Phenix est là et bien vivant. Il n'y a pas d'évolution ou de rejets d'aucun des symboles de 30 Seconds To Mars. Comme tous les tatoueurs et les artistes qui ont contribués au Phenix, ils ont contribués à l'attachement émotionnel comme nous.
C'est à partir de là que 30 Seconds To Mars décident de partir en guerre contre la bêtise humaine mettant en valeur l'évocation de l'âme, des expériences personnelles telles que la paranoïa, l'aliénation et les idées noires, racontées de façon énigmatiques, métaphoriques, symboliques et laissant à l'auditeur le pouvoir de développer sa propre imagination et sa propre réflexion.
Continuant sur sa lancée, le combo enregistre ses premières démos. On y retrouve des morceaux comme Valhalla, restée inédite à ce jour et d'autres comme Jupiter ou Hero qui figureront sur le premier album du groupe sous les titres respectifs de Fallen et Year zero. En gros, Fallen parle d'évasion, raconte Jared. C'est la plus vieille de toutes les chansons de l'album et initialement, elle ne devait pas être incluse. Il y avait une démo qui traînait par là dont nous n'étions pas satisfait. Mais il y avait ce super gros feeling avec cette chanson. Alors nous avons décidés de la retravailler. Nous sommes heureux de l'avoir fait.
Les démos, Revolution et Buddha for Mary sont massivement envoyées aux radios et à des magazines de musique et diffusés sur le Web. En quelques semaines, le Buzz créé autour du groupe est tel qu'il parvient droit dans les bureaux d'Immortal dont le siège est basé à Los Angeles. Nous sommes fin 1998 et 30 Seconds To Mars signent son premier contrat avec l'un des labels indépendants rock les plus puissants.
Quelques temps auparavant Jonah Matranga se souvient avoir partagé une soirée avec les membres du groupe, alors qu'il était leader d'un groupe de rock alternatif, Far. On jouait dans un tout petit local sans estrade, au centre de la Californie, explique Jonah. Paul d'Immortal Records m'avait appelé pour me dire qu'un groupe qu'ils pensaient faire signer était sur l'affiche ce soir-là. Il m'a aussi dit que le chanteur était un acteur, ce qui n'est jamais bon signe.
Ses craintes se confirmèrent lorsque des adolescentes se mirent à entourer le groupe pendant l'installation du matériel en demandant si Jared était déjà là. Mais quelque chose changea lorsque les deux hommes eurent l'occasion de se parler. L'attitude de Jared a immédiatement changé lorsqu'il a réalisé que je n'étais pas venu le frapper, poursuit Matranga. On a un peu discuté de sa situation, du fait que sa passion pour la comédie s'était atténué et qu'il était beaucoup plus passionné par l'idée de faire partie d'un groupe. Je crois bien que j'ai souri en lui disant de faire attention à ce qu'il désirait, ou quelque chose dans le genre. Puis il est retourné ranger son matériel. Il avait vraiment l'air content d'être là, à faire ces trucs qui font partie des choses qu'on fait quand on est dans un groupe. Mais qui sont, en fait, tout ce qu'il y a de plus romantique. J'ai eu de plus en plus de respect pour lui, en voyant que les membres du groupe restaient ensemble. Je n'ai jamais vraiment écouté leur musique mais le simple fait que Jared ait continué sur cette voie est louable. Il y a tellement d'autres voies plus simples qu'il aurait pu emprunter.
Les frères Leto ont travaillé longuement à l'élaboration de ce premier album et pour cela, ils ont fait appel à la personne qu'ils ont inscrite à la première place de leur liste. Bob Ezrin, responsable de mythiques albums pour Pink Floyd, Kiss et Alice Cooper. Ils ont aussi fait appel à Brian Virtue, producteur du groupe Deadsy. Bob Erzin est l'un des meilleurs producteurs au monde, explique Jared. Il était en tête de notre liste dès le début. Nous avons senti qu'il avait la capacité de nous aider à apporter la dimension et l'envergure que nous voulions pour cet album et il l'a fait. Brian Virtue est un étonnant nouveau producteur. Il a été avec nous à chaque étape et a été un élément clé en nous aidant à définir notre son. [...] Nous avons été très impliqués dans tous les aspects de l'enregistrement, n'hésitant pas à bosser 24 heures sur 24, choisissant le moindre effet. Ce fut un processus très méticuleux que personne ne pouvait faire à notre place.
C'est donc ensemble qu'ils ont coproduit leur album et ils l'ont enregistré dans un entrepôt désaffecté dans le Wyoming pour se mettre dans des conditions idéales. Ensemble, ils ont choisis parmi plus de cinquante chansons composées, les onze meilleures.
Il était prévu qu'une douzième nommée Revolution mais qui a été finalement écartée de l'album en raison des paroles prises trop littéralement par certaines personnes. En effet, 30 Seconds To Mars déclare être un-american, même si le groupe ne revendiquait pas forcément un anti-américanisme. Suite aux événements du 11 septembre 2001, cela prêtait à confusion. Parallèlement, on leur a demandé de changer leur iconographie qui montrait des images de guerres et de violences. Désormais, il leur faut montrer qu'ils sont fiers d'être américains et de développer une image plus positive. Nous ne considérons absolument pas cette chanson comme anti-américaine. C'est une de ces chansons qui peuvent être interprétées de plusieurs manières différentes. Si c'est pris dans le sens littéral ou politique, ça pourrait être mal interprété. Et considérant le fait que les gens ont une tendance à tout prendre au pied de la lettre, nous avons ressenti, surtout après le 11 septembre 2001, que ça ne correspondait plus thématiquement avec le reste de l'album. Cela avait prie une nouvelle dimension.
Leurs onze titres élus sont donc une invitation au voyage. Un voyage intérieur où la mélodie tient une place importante parmi les sons de guitares saturés se mélangeant à des sons électroniques qui stimulent d'avantage votre imagination, le tout emmené par une rythmique dynamique et soutenue par une belle voix intense, parfaitement maîtrisée et au timbre sensuel. Le premier album, explique Shannon, était avec Jared et chaque expérience que nous avons eu avec la musique, la vie, tout. Musicalement et visuellement, nous avons tout mis dans cet album. Ça a été dépouillé et moins organisé. Nous voulions changer et nous développer. Nous ne connaissions rien à l'enregistrement d'un album. Ça a été brut et personnel. Et je pense que nous y avons réussi.
Pourtant, le groupe a dû beaucoup lutter pour survivre et le retard de la sortie de leur premier album n'était pas des moindres. En effet, l'album était supposé sortir en 2001, après le 11 septembre. C'était une immense tragédie, se souvient sombrement Jared, et tout le monde se surveillait en essayant de déterminer ce qui leur semblait approprié. Le titre de notre album qui était à l'origine Welcome To The Universe, ainsi que la couverture ont été changés pour cette raison. C'était l'image d'un militaire mais c'était quelque chose d'incroyablement violent. Ça ne convenait plus après le 11 septembre. Tout cela a retardé la sortir de l'album de 10 mois.
Pendant la majeure partie de cette période, 30 Seconds To Mars n'accorda pas d'interview mais se construisait une audience basée dans des concerts, lesquels ne cessaient de s'améliorer. Nous avons utilisé une approche semblable à celle du groupe comme Tool, et avons laissé la musique s'exprimer par elle-même. Nous savions à quel point ce serait difficile de changer le point de vue des gens. Alors nous ne nous en sommes pas trop préoccupés pendant un moment. On savait qu'on avait quelque chose qui nous enthousiasmait, ainsi que nos amis et notre famille. Alors on a juste attendu que ça fonctionne sur les gens qu'on ne connaissait pas encore.
Grâce à leur talent, le groupe Puddle Of Mudd leur offre l'opportunité d'assurer la première partie de leur tournée 2002, de nombreuses personnes étant venues pour Puddle Of Mudd vont tomber sous le charme de ce groupe inconnu et devenir de véritables fans. Tourner avec Puddle of Mudd était une fantastique opportunité. Etre capable de jouer devant des milliers de gens toutes les nuits était un rêve devenu réalité pour un nouveau groupe comme nous. Nous sommes vraiment reconnaissants envers eux de nous en avoir donné l'opportunité. Ce sont tous des gens biens et ils nous ont bien accueillis. La réponse que nous avons eu, nuit après nuit, n'aurait pu être meilleure. Les gens semblaient vraiment impatients d'entendre quelque chose de nouveau et différent. Ils étaient enthousiasmés par notre son et notre performance. Nous avons rencontré et conquis beaucoup de nouveaux fans et c'était cool de passer un moment à parler avec tout le monde après les concerts. Nous pouvions sentir un changement se produire dans la musique en ce moment. Nous sommes heureux d'en avoir fait partie et sommes contents que les gens s'identifient à ce que nous avons à leur offrir. Nous pensons tourner aussi longtemps qu'humainement possible.
En juin, ils font une petite escapade en Europe où ils vont jouer au Barfly de Londres. Initialement, ils devaient effectuer une petite tournée européenne en passant par l'Allemagne et aussi par Paris mais malheureusement ces concerts seront annulés, faute de public. Ils se produisent ensuite pour deux concerts au mois de juillet à Toronto pour revenir aux USA, fin juillet en assurant la première partie de Incubus. Prélude à la tournée qu'ils vont entamer avec eux à partir de fin août et qui devait se poursuivre tout l'automne. Jouer avant Incubus était vraiment fabuleux, continue Shannon. Un public de 10 000 à 20 000 personnes qui étaient vraiment réceptives. Nous avons vécu des grands moments de notre vie.
Là, ils décident de se séparer de Kevin Drake et choisissent de ne pas le remplacer. Pour Jared, Kevin n'a jamais été un membre officiel de 30 Seconds To Mars. On l'a pris pour des tournées et on s'est vite rendu compte qu'il n'était pas dans le même état d'esprit que nous. Ces amoureux de la scène et du contact humain vont également exercer leur musique tout le mois d'août dans des petits clubs.
Impossible de dater avec exactitude l'acte de naissance du groupe. Et pour cause : d'aussi loin que les frères Leto se souviennent, ils n'ont jamais cessé de faire de la musique ensemble. 30 Seconds To Mars est donc en quelque sorte né en même temps que ses deux membres fondateurs.
Le 9 mars 1970 pour Shannon et le 26 décembre 1971 pour Jared. Tous deux voient le jour à Boissier City, une ville paisible de 50 000 habitants au nord de la Louisiane, où ils passeront les premières années de leur enfance.
Leurs parents divorcent peu après leur naissance. Ils sont confiés à leur mère, Constance, qui se remarie avec un certain Carl Leto, immigré d'origine italienne. Celui-ci les adopte et leur donne son nom. Le couple ne va pas durer mais Jared et Shannon vont conserver le patronyme de ce père furtif.
L'atmosphère familiale va marquer durablement les deux garçons, aussi bien dans leurs goûts musicaux que dans leur personnalité. On vivait dans une espèce de communauté d'artistes, genre hippie, se souvient Shannon. Tout le monde écoutait de la musique. C'est donc tout naturellement qu'on a pris les instruments très tôt.
Matt est né le 5 janvier 1976 à Pottsville en Pennsylvanie. Il a passé la plupart de son temps avec sa famille entre le New Jersey et Boston. Un enfant actif, baseball, football et la natation. Il s'est également rendu au Space Camp. Mais son intérêt pour la musique est plus fort que tout depuis l'âge de 5 ans. Entre 5 et 8 ans, Matt expérimente plusieurs instruments, en se concentrant principalement sur le piano et la batterie.
Le 3 septembre 1979 à Sarajevo est né Tomisvlav 'Tomo' Milicevic. Il a commencé à jouer du violon à l'âge de 3 ans avec son oncle Bill Milicevic qui est aussi musicien professionnel et professeur à la faculté du Michigan. Alors que Tomo n'a que 8 ans, sa famille, Damir, Tonka, Ivana et Filip déménagent pour Détroit dans le Michigan.
Pendant ce temps, Constance Leto parcourt les Etats-Unis avec les deux garçons sous le bras. La famille ne cesse de déménager et s'installe successivement dans différentes villes du Colorado, du Wyoming, de Virginie, allant même jusqu'en Haïti. A la maison, la musique est toujours aussi omniprésente. Les disques des Beatles, de Cat Stevens, de la chanteuse folk Joni Mitchell ou de Steely Dan constituent le gros de la discothèque familiale. Nous n'avons pas grandi avec la télé, explique Shannon. Nous étions vraiment pauvres. Nous n'avons pas eu de G.I. Joe. Nous avions la musique et les shows. Avec le manque d'information comme la télé, nous nous évadions par la musique, l'art, la peinture et tous ces trucs. C'est comme ça qu'est venu 30 Seconds To Mars. C'est un projet énorme d'art.
Les garçons grattent leurs premières notes de guitares dans la chambre de Jared qui joue aussi du piano. Mais très vite, Shannon se sent irrésistiblement attiré par les casseroles de sa mère qu'il s'amuse à frapper à coups de cuiller en bois. Nous avons toujours joué de la musique, mais il était un prodigue de la batterie, relate Jared. Et puis nous avions un ensemble de tambours et de matériel, c'était plutôt bizarre. Il jouait de tout, du jazz au rock. C'est quelque chose que nous faisons depuis que nous sommes très jeunes. J'ai joué du piano classique durant de nombreuses années. J'ai toujours joué un peu de guitare et je chantais aussi. Je n'étais pas vraiment intéressé par ça. Je pensais que c'était inaccessible. Mais en prenant de l'âge, j'ai réalisé que c'était quelque chose que je pourrais faire.
Je joue un peu de guitare et du piano, mais j'aime être derrière, continue Shannon. Je m'amuse vraiment. Etre batteur, c'est expressif et j'aime savoir que je peux faire ce que je veux. Je ne joue pas exactement la même chose chaque soir. [...] Je suis autodidacte, aussi bien pour la photographie que pour la batterie. L'école n'était pas pour moi. Je ne vois pas le but de rester assis pendant 45 minutes avec un professeur qui m'explique ce que je peux lire plus vite tout seul. C'est toujours les mêmes choses qui sont régurgités encore et encore. Par contre, je lis énormément.
Débrouillard, Jared manifeste un goût précoce pour l'indépendance et se met en quête d'un premier job. A 12 ans, je faisais la plonge dans un restaurant gril pour à peine 2,50 $ de l'heure. Mais c'était plutôt cool finalement. Je bossais avec des gars paumés comme moi.
Il s'endurcit, et trouve de nouveaux échappatoires pour se changer les idées : les jeux vidéo, la lecture. Il dévore des livres de mythologie grecque, et surtout la peinture. Le peu de stabilité géographique du foyer a vite fait d'influer sur les résultats scolaires. Et malgré sa gueule d'ange, c'est avec les bad boys de son lycée que Jared se met bientôt à traîner. Le lycée est un endroit sombre. Je n'ai jamais été un garçon populaire du bahut, au contraire. Je préférais la compagnie des freaks. J'avais d'autres préoccupations que me trouver une petite amie ou d'entrer dans l'équipe de foot.
L'artiste reste assez évasif sur cette période de sa vie. La rumeur, elle, prétend qu'il aurait passé quelques heures au commissariat pour des délits mineurs. Aujourd'hui, lorsqu'il évoque son enfance de bohème, c'est toujours avec une bienveillance teintée de nostalgie. Vivre dans cette ambiance hippie, avec tous ces artistes différents que ma mère fréquentait, musiciens, peintres, photographes, c'était une fantastique expérience. On célébrait l'art et la créativité sous toutes ses formes, sans jamais nous imposer de limites. J'ai toujours gardé cet esprit nomade au fond de moi.
Shannon, à quant à lui, malgré qu'il ne sache pas lire une partition de batterie, cela ne l'a pas empêché de jouer dans un groupe de jazz. Il écoutait les morceaux et il les mettait à sa sauce. Il a joué avec le groupe pendant un an et pour la deuxième tournée, on lui a demandé de passer une audition. Il était persuadé qu'il serait pris. Il y est allé très confiant. Le professeur était dans un immense auditoire. Il devait jouer Owner of a lonely heart de Yes. Instantanément, il a commencé à jouer. Le professeur lui demanda après de lire la partition et même s'il avait joué chaque note, il était incapable de le faire. Il l'a remercié et il n'a jamais été rappelé. Pourtant, il jure mordicus qu'il connaissait parfaitement le morceau.
C'est au lycée que Matt passe son temps à jouer dans des groupes. Il décide de jouer de la basse parce qu'il voulait jouer dans un groupe et le groupe avait besoin d'un bassiste. Mais il n'a aucune expérience en tant que bassiste, la plus proche est avec la guitare. Son modèle reste le regretté Cliff Burton.
Par la suite, Shannon quitte le premier l'école à 16 ans, rapidement imité par son jeune frère. L'aîné développe sa passion naissante pour la photographie tandis que Jared veut tenter sa chance dans la peinture, et part s'installer seul à Philadelphie pour suivre les cours de l'University of the Arts. Pour financer le cursus, Jared se met à la recherche d'un boulot de nuit. Or, pour travailler dans un bar ou une discothèque, il faut être âgé d'au moins 21 ans. Il se fait faire une fausse carte d'identité et postule comme videur dans une boîte de nuit. La supercherie fonctionne, mais la fatigue engendrée par les horaires de travail rend difficile le suivi des cours. Sans compter que l'adolescent n'est pas tout à fait sûr de sa vocation. Suivant son instinct autant que le hasard, il s'inscrit alors dans la section cinéma de la School of visual arts de New York. Il y apprend la mise en scène et réalise son premier court-métrage intitulé Crying Joy. Il s'y réserve même un rôle, comme cela, pour voir. Avant de constater que faire face à la caméra, c'est aussi agréable que de se placer derrière...Direction Hollywood. Jared, a 20 ans. Je suis arrivé à Los Angeles avec 400 $ en poche et un sac à dos. J'ai logé dans des auberges de jeunesse, chez des amis, n'importe où.
A Los Angeles, une fois son premier book photos payé avec le peu d'argent qu'il possède, le cadet des Leto commence à faire la tournée des castings. Fort de son minois de jeune éphèbe, il décroche rapidement un petit rôle dans une série sans lendemain. Shannon, qui compte sur le soleil californien pour lancer sa carrière de photographe, le rejoint bientôt. Les frangins décident de partager une petite chambre où trônent une batterie et quelques amplis Marshall. On est en 1992 et c'est la folie Nirvana.
Victime consentante, Jared n'échappe pas à la tornade grunge, lui aussi. Il continue aujourd'hui de citer le combo de Seattle comme l'un de ses groupes préférés. Shannon, lui, préfère les années 80 de Depeche Mode. Tous deux se retrouvent sur Bowie, Cure, Pink Floyd ou Led Zeppelin. Portées par le rock des années 90 dont les contours commencent à se dessiner, les compos des deux frères prennent une nouvelle dimension. D'abord folk, les morceaux deviennent plus agressifs. Mais la musique peut encore attendre. Jared ne veut pas dévier de l'objectif qu'il s'est fixé. Sans oublier que si la créativité des colocataires est foisonnante, le frigo, lui reste désespérément vide.
C'est à la même époque que Tomo découvre le rock où il assiste à son premier concert. Il décide de commencer à jouer de la guitare malgré qu'il trouve cet instrument trop simpliste. Ses parents n'ont pas les moyens de lui acheter une guitare. Aidé par son père, il se fabrique sa première guitare qui finalement lui coutera plus cher qu'une vraie.
Les frères Leto écrivaient de la musique ensemble depuis un moment. Mais sans vraiment se prendre au sérieux. Ce qu'ils faisaient, ils l'adoraient mais ils voulaient en faire quelque chose d'autre, quelque chose de plus concret pour occuper leur temps libre. C'est ainsi qu'ils décidèrent que quelque chose devait se passer. Lorsque nous avons tout juste commencé à jouer de manière obsessionnelle, nous essayions de trouver des studios de merde qui ne soient pas trop chers et que nous pouvions utiliser, reconnaît Shannon. Nous avons vécu ce simple fait comme un grand saut hors de notre chambre. On jouait dans des garages, dans des studios merdiques ou dans n'importe quel endroit où il y avait un ampli que l'on pouvait louer.
Après un nouveau second rôle dans une série déprogrammée au bout de seulement 13 épisodes, le miracle hollywoodien se produit enfin. Jared est choisi par les producteurs de la série Angela, 15 ans pour incarner Jordan Catalano, le rocker ténébreux dont Angela, alias Claire Danes, est secrètement amoureuse. Le feuilleton diffusé sur ABC en 1994 et trois ans plus tard sur France 2, connaît un succès non négligeable mais la chaîne décide malgré tout de mettre fin aux dilemmes sentimentaux des deux héros après 19 épisodes. Peu importe, la presse adolescente s'est entichée de l'amoureux torturé et sa carrière décolle pour de bon.
Tomo part s'installe à Seattle pour y suivre des études de cuisine. Il devient chef cuisinier et pâtissier diplômé. Mais la musique reste sa principale passion. Il a joué un moment avec un groupe local du Michigan appelé Morphic.
De 1995 à 1998, Jared enchaîne les tournages tels que Urban Legend, Fight Club ou Panic Room mais la célébrité n'est pas encore au rendez-vous. Et la musique ? Justement, malgré un emploi du temps miraculeusement garni, Jared n'envisage pas une seconde de jeter la 6 cordes aux oubliettes. Nombre de ces salles de répétitions furent louées dans l'idée d'engager d'autres musiciens pour transformer l'idée en un groupe. La méthode qu'ils choisirent pour trouver de potentiels collaborateurs était incroyablement compliquée. On prenait un bout de papier, on y écrivait une petite annonce et on le laissait dans des magasins de musique ou des cafés, explique Jared avec une grimace. La seule chose que l'on a pu en tirer, c'est un tas de types louches.
On savait ce qu'on ne voulait pas, et on en a trouvé plein, poursuit Shannon. Avec le recul, je me suis rendu compte qu'on aurait dû filmer les gens qui passaient notre porte. Ça aurait fait un super DVD.
On a eu droit à tout, du sosie de Slash au pire, confirme Jared. On a eu des dieux de la guitare à la Yngwie Malmsteen tout droit sortis de l'école de guitare et tout une tripotée de punks rockers. Notre grand défi, c'était de trouver quelqu'un qui nous plaise, qui nous intéresse et avec qui on s'entendrait bien. Mais qui serait également capable d'évoluer aisément entre les sons qui nous intéressaient. On s'est rendu compte que l'on trouvait soit des métaleux qui voulaient tout déchirer, soit des gens qui n'étaient intéressés que par un seul genre de musique. On a aussi rejeté des propositions d'un groupe de metal. Il était mauvais.
Pendant un certain temps, les frères Leto eurent le sentiment qu'ils ne trouveraient jamais quelqu'un avec qui le courant passerait. Une série de bassistes défila, tandis que le groupe continuait à faire des concerts et à tenter de trouver un contrat. Sans se décourager, ils commencèrent une tournée. Et ils tournèrent avec n'importe qui. Absolument n'importe qui. A un moment, on a fait la première partie de Fishbone, se souvient Jared, avec un mélange de fierté et de honte. On a fait la première partie d'un groupe de grindcore mexicain une fois. On a fait la première partie de groupes de metal, des groupes d'art rock ou de folk. On a fait la première partie de n'importe qui, n'importe où et n'importe quand, ou alors, on était en tête d'affiche. On a joué avec des groupes différents et personne ne s'en est aperçu.
Le groupe n'a jamais caché Jared au public en le faisant asseoir derrière la scène ou dans le van jusqu'à ce qu'il soit temps de monter sur scène. Mais ils se montraient attentifs dans le choix des endroits où ils jouaient. La majeure partie de leur tournée s'est faite hors de Los Angeles, à des endroits où personnes ne s'attendrait à voir un acteur en tant que leader d'un groupe de rock.
Ainsi, nombre de concerts au début se jouèrent dans des bars de motard à côté de la route, de vieilles églises, des centres de loisirs, des bibliothèques ou des gargotes à Nulleparttown. N'importe quel endroit inattendu. Cela compliquait les choses que je sois dans le groupe, admet Jared. Nous savions que ce serait un défi. Et nous étions tout à fait conscients que cela nous demanderait plus de boulot que si je n'appartenais pas au groupe.
Nous ne faisons pas attention à ça, rajoute Shannon. Nous essayons de faire parler la musique pour elle-même et ça le fait. Les seules personnes qui semblent avoir un problème avec ça sont la presse et les radios. Les fans n'ont pas ce problème. Ils viennent à notre rencontre. A la fin de la journée, je pense que les gens peuvent se dire si quelque chose est vrai ou non. Mon frère est un artiste et il fait plusieurs choses à côté de son métier d'acteur. C'est simplement honteux que notre société mette les gens dans des catégories. Nous ne sommes pas vraiment concernés par ça. Nous faisons juste ce nous savons faire et nous donnons tout ce qu'on peut.
Mais aucunement intimidé par cet obstacle, le groupe s'est mis au travail. Je pense qu'en écoutant et en m'identifiant à plusieurs groupes quand j'étais un peu plus âgé, j'ai vraiment commencé à changer mon intérêt et ce que je pensais de la musique, explique Jared. Ça m'a vraiment inspiré pour faire de la musique. Et mon frère a toujours joué avec plusieurs groupes, c'était un peu de tout, de Rush à Metallica. Il était un métaleux pour un temps puis redescendait sur terre. On a toujours fait ça, jouer dans des groupes ensemble. Ça s'est développé, développé, développé. C'était quelque chose qu'on faisait en privé et à un certain moment, nous avons découvert qu'il y avait un genre d'accomplissement dans ce processus. Quand tu donnes la musique et que les autres personnes se l'approprient, ça devient comme la BO de leur vie. Alors ils viennent dans ces lieux publics et partage cette expérience très privée. C'est quelque chose de vraiment magique. Donc cela nous a vraiment inspiré et poussé à vouloir faire un disque, une collection d'idées.
Au début, les membres du groupe formaient un convoi avec leurs voitures pour se rendre à leurs concerts. Ils en prenaient la tête et lisaient les cartes à tour de rôle et se parquaient dans des stations-services pour faire le plein et changer l'ordre des voitures. Mais ce n'était pas simplement pour se déplacer d'un concert à l'autre en Californie. Ils firent ainsi des tournées américaines. Cela faisait partie de l'aventure : Trouver la romance dans les aspects les moins romantiques de la vie en tournée. Mais un immense progrès se fit ressentir lorsque les membres du groupe purent s'offrir un camping-car dans lequel ils pouvaient voyager ensemble. Le moral était au plus haut, tout comme le toit du bus mais l'intérieur était assez réduit. Leur joie fut de courte durée. En fait, on a dû finir par se débarrasser de ce camping-car, avoue Jared. Le vent a failli le renverser pendant qu'on roulait en Arizona. Il était trop haut et le vent soufflait si fort qu'on ne pouvait plus rouler. D'ailleurs, il s'est déjà renversé plusieurs fois.
C'était comme faire de la voile contre le vent dans un van, continue Shannon. Il fallait s'y allonger pour garder les roues sur la route.
Ils continuèrent à faire des tournées et à distiller leurs influences en sonorités ayant la dimension, la portée et l'impact qu'ils recherchaient.
Mais obtenir un contrat pour un album en comptant sur l'aide d'une démo sans étiquette, sans aucune biographie ni photo promotionnelle, en proposant un concert en petit comité à deux heures de route de n'importe quel bureau de maison de disques, l'impossible. C'est ce qu'a pu constater le groupe en postant des paquets de manière anonyme à des représentants de labels et en les invitant à venir les voir jouer à Santa Barbara.
Cela dit, une imposante assemblée de 4 représentants fit le trajet ce soir-là. Le groupe fait ce qu'il a toujours fait. Il installe son matériel et joue ses morceaux de 13 minutes, qui mêlent les univers de la musique électronique, du rock psychédélique et alternatif. Se qualifiant eux-mêmes de compositeurs de rock spatial, ils ont puisé leurs influences dans des groupes tels que Pink Floyd, Led Zepplin, Rush, Brian Eno, Cure, Depeche Mode, Björk ou encore Iron Maiden, Metallica mais la liste est longue. On écrivait des chansons à rallonges vraiment conceptuelles. La salle était parfois dubitative, mais ça n'avait aucune importance. Dans nos têtes, on se disait, si ça vous plaît, restez. Sinon, cassez-vous !
Étonnamment, tandis qu'ils rangent le matériel, 30 Seconds To Mars se voient abordé par un ou deux des représentants qui leur annoncent qu'un contrat serait envoyé par la poste dès le lendemain. Par la suite, ils passèrent un coup de fil le lundi suivant afin de conclure l'affaire. Un résultat plutôt remarquable, étant donné la stratégie peu conventionnelle que le groupe avait employée.
Le lundi arriva et personne n'appela. La boîte aux lettres resta vide. Le groupe poursuivit sa route, indifférent. Nous étions si naïfs à ce moment-là, se souvient Jared avec un sourire. Nous ne nous rendions pas compte à quel point, il était ridicule de jouer pour des maisons de disques si loin de Los Angeles. Lorsque nous voulions obtenir un contrat, nous n'avons pas envoyé de colis à la presse ou pris de grand manager en essayant de boucler un contrat, nous avons simplement fait des concerts et y avons invité des gens. C'était purement logique.
En dépit de leurs méthodes peu orthodoxes, 30 Seconds To Mars existe toujours et gagne toujours plus en popularité. Malgré tout, l'évocation du groupe suscite encore une majorité de moues hésitantes chez les spectateurs. Les cachets de Jared leur ont permis d'acheter le matériel nécessaire et son relatif anonymat ne risque pas de fausser les réactions du public.
Pour la scène, le duo s'entoure de deux guitaristes supplémentaires, Solon Bixler et Kevin Drake en plus de Jared et d'un bassiste dont la postérité n'a pas retenu le nom. Pour rester discret, le groupe change de nom tous les soirs s'est d'abord appelée Life On Mars, inspiré d'une chanson de Bowie. On a commencé à jouer à Los Angeles dans des lieux et sous des noms différents. On choisissait des noms comme ça donc personne n'y prêtait attention. Nous voulons juste jouer devant les gens. [...] On craignait que certains patrons de clubs de centre-ville se servent du nom de Jared comme d'un argument commercial. Et nous utilisent comme vitrine, explique Shannon. On n'était pas là pour le business. Ce qu'on voulait, c'était la liberté.
Il devient désormais indispensable de baptiser définitivement le groupe. Il s'impose après une incursion fructueuse sur internet. On est tombés sur une thèse écrite par un ancien professeur de Harvard sur le progrès scientifique, raconte Jared. Il y avait un intertitre intitulé 30 Seconds To Mars. L'Argus Apocraphyx, c'est une citation dans le livre. L'auteur y expliquait que vu la vitesse à laquelle progresse la technologie, on pouvait considérer qu'on était plus qu'à 30 Secondes De Mars. C'est grand. C'est théâtral. Ça signifie quelque chose avec la musique. Ça avait du sens pour nous, et puis ça illustrait bien notre univers.
Les frères Leto ont aussi choisi Mars parce que c'est la planète la plus convoitée par l'homme par son apparente accessibilité future mais aussi parce qu'elle symbolise l'inconnu, le mystère et c'est un lieu d'évasion pour l'esprit. Mais leur musique ne s'arrête pas à cette planète, c'est un appel à tout l'univers.
Pour symboliser le nouveau nom du groupe, 30 Seconds To Mars ont conçu des Glyphs. Quatre symboles qui peuvent avoir plusieurs significations mais qui ne peuvent s'écarter du groupe. Ils utilisent également des noms empruntés à la mythologie grecque, romaine et scandinave, notamment sur leur site internet.
Pour parfaire ce monde symbolique, ils ont construit une image qui correspond à leur univers. Ils ont choisi une devise Provehito In Altum qu'ils interprètent en anglais Launch forth into the deep, en français Se jeter dans la profondeur ou Parvenir au plus profond avec au centre le Phenix, oiseau qui renaît de ses cendres dans la mythologie égyptienne. Laissez-moi juste dire aux gens que le Phenix est là et bien vivant. Il n'y a pas d'évolution ou de rejets d'aucun des symboles de 30 Seconds To Mars. Comme tous les tatoueurs et les artistes qui ont contribués au Phenix, ils ont contribués à l'attachement émotionnel comme nous.
C'est à partir de là que 30 Seconds To Mars décident de partir en guerre contre la bêtise humaine mettant en valeur l'évocation de l'âme, des expériences personnelles telles que la paranoïa, l'aliénation et les idées noires, racontées de façon énigmatiques, métaphoriques, symboliques et laissant à l'auditeur le pouvoir de développer sa propre imagination et sa propre réflexion.
Continuant sur sa lancée, le combo enregistre ses premières démos. On y retrouve des morceaux comme Valhalla, restée inédite à ce jour et d'autres comme Jupiter ou Hero qui figureront sur le premier album du groupe sous les titres respectifs de Fallen et Year zero. En gros, Fallen parle d'évasion, raconte Jared. C'est la plus vieille de toutes les chansons de l'album et initialement, elle ne devait pas être incluse. Il y avait une démo qui traînait par là dont nous n'étions pas satisfait. Mais il y avait ce super gros feeling avec cette chanson. Alors nous avons décidés de la retravailler. Nous sommes heureux de l'avoir fait.
Les démos, Revolution et Buddha for Mary sont massivement envoyées aux radios et à des magazines de musique et diffusés sur le Web. En quelques semaines, le Buzz créé autour du groupe est tel qu'il parvient droit dans les bureaux d'Immortal dont le siège est basé à Los Angeles. Nous sommes fin 1998 et 30 Seconds To Mars signent son premier contrat avec l'un des labels indépendants rock les plus puissants.
Quelques temps auparavant Jonah Matranga se souvient avoir partagé une soirée avec les membres du groupe, alors qu'il était leader d'un groupe de rock alternatif, Far. On jouait dans un tout petit local sans estrade, au centre de la Californie, explique Jonah. Paul d'Immortal Records m'avait appelé pour me dire qu'un groupe qu'ils pensaient faire signer était sur l'affiche ce soir-là. Il m'a aussi dit que le chanteur était un acteur, ce qui n'est jamais bon signe.
Ses craintes se confirmèrent lorsque des adolescentes se mirent à entourer le groupe pendant l'installation du matériel en demandant si Jared était déjà là. Mais quelque chose changea lorsque les deux hommes eurent l'occasion de se parler. L'attitude de Jared a immédiatement changé lorsqu'il a réalisé que je n'étais pas venu le frapper, poursuit Matranga. On a un peu discuté de sa situation, du fait que sa passion pour la comédie s'était atténué et qu'il était beaucoup plus passionné par l'idée de faire partie d'un groupe. Je crois bien que j'ai souri en lui disant de faire attention à ce qu'il désirait, ou quelque chose dans le genre. Puis il est retourné ranger son matériel. Il avait vraiment l'air content d'être là, à faire ces trucs qui font partie des choses qu'on fait quand on est dans un groupe. Mais qui sont, en fait, tout ce qu'il y a de plus romantique. J'ai eu de plus en plus de respect pour lui, en voyant que les membres du groupe restaient ensemble. Je n'ai jamais vraiment écouté leur musique mais le simple fait que Jared ait continué sur cette voie est louable. Il y a tellement d'autres voies plus simples qu'il aurait pu emprunter.
Les frères Leto ont travaillé longuement à l'élaboration de ce premier album et pour cela, ils ont fait appel à la personne qu'ils ont inscrite à la première place de leur liste. Bob Ezrin, responsable de mythiques albums pour Pink Floyd, Kiss et Alice Cooper. Ils ont aussi fait appel à Brian Virtue, producteur du groupe Deadsy. Bob Erzin est l'un des meilleurs producteurs au monde, explique Jared. Il était en tête de notre liste dès le début. Nous avons senti qu'il avait la capacité de nous aider à apporter la dimension et l'envergure que nous voulions pour cet album et il l'a fait. Brian Virtue est un étonnant nouveau producteur. Il a été avec nous à chaque étape et a été un élément clé en nous aidant à définir notre son. [...] Nous avons été très impliqués dans tous les aspects de l'enregistrement, n'hésitant pas à bosser 24 heures sur 24, choisissant le moindre effet. Ce fut un processus très méticuleux que personne ne pouvait faire à notre place.
C'est donc ensemble qu'ils ont coproduit leur album et ils l'ont enregistré dans un entrepôt désaffecté dans le Wyoming pour se mettre dans des conditions idéales. Ensemble, ils ont choisis parmi plus de cinquante chansons composées, les onze meilleures.
Il était prévu qu'une douzième nommée Revolution mais qui a été finalement écartée de l'album en raison des paroles prises trop littéralement par certaines personnes. En effet, 30 Seconds To Mars déclare être un-american, même si le groupe ne revendiquait pas forcément un anti-américanisme. Suite aux événements du 11 septembre 2001, cela prêtait à confusion. Parallèlement, on leur a demandé de changer leur iconographie qui montrait des images de guerres et de violences. Désormais, il leur faut montrer qu'ils sont fiers d'être américains et de développer une image plus positive. Nous ne considérons absolument pas cette chanson comme anti-américaine. C'est une de ces chansons qui peuvent être interprétées de plusieurs manières différentes. Si c'est pris dans le sens littéral ou politique, ça pourrait être mal interprété. Et considérant le fait que les gens ont une tendance à tout prendre au pied de la lettre, nous avons ressenti, surtout après le 11 septembre 2001, que ça ne correspondait plus thématiquement avec le reste de l'album. Cela avait prie une nouvelle dimension.
Leurs onze titres élus sont donc une invitation au voyage. Un voyage intérieur où la mélodie tient une place importante parmi les sons de guitares saturés se mélangeant à des sons électroniques qui stimulent d'avantage votre imagination, le tout emmené par une rythmique dynamique et soutenue par une belle voix intense, parfaitement maîtrisée et au timbre sensuel. Le premier album, explique Shannon, était avec Jared et chaque expérience que nous avons eu avec la musique, la vie, tout. Musicalement et visuellement, nous avons tout mis dans cet album. Ça a été dépouillé et moins organisé. Nous voulions changer et nous développer. Nous ne connaissions rien à l'enregistrement d'un album. Ça a été brut et personnel. Et je pense que nous y avons réussi.
Pourtant, le groupe a dû beaucoup lutter pour survivre et le retard de la sortie de leur premier album n'était pas des moindres. En effet, l'album était supposé sortir en 2001, après le 11 septembre. C'était une immense tragédie, se souvient sombrement Jared, et tout le monde se surveillait en essayant de déterminer ce qui leur semblait approprié. Le titre de notre album qui était à l'origine Welcome To The Universe, ainsi que la couverture ont été changés pour cette raison. C'était l'image d'un militaire mais c'était quelque chose d'incroyablement violent. Ça ne convenait plus après le 11 septembre. Tout cela a retardé la sortir de l'album de 10 mois.
Pendant la majeure partie de cette période, 30 Seconds To Mars n'accorda pas d'interview mais se construisait une audience basée dans des concerts, lesquels ne cessaient de s'améliorer. Nous avons utilisé une approche semblable à celle du groupe comme Tool, et avons laissé la musique s'exprimer par elle-même. Nous savions à quel point ce serait difficile de changer le point de vue des gens. Alors nous ne nous en sommes pas trop préoccupés pendant un moment. On savait qu'on avait quelque chose qui nous enthousiasmait, ainsi que nos amis et notre famille. Alors on a juste attendu que ça fonctionne sur les gens qu'on ne connaissait pas encore.
Grâce à leur talent, le groupe Puddle Of Mudd leur offre l'opportunité d'assurer la première partie de leur tournée 2002, de nombreuses personnes étant venues pour Puddle Of Mudd vont tomber sous le charme de ce groupe inconnu et devenir de véritables fans. Tourner avec Puddle of Mudd était une fantastique opportunité. Etre capable de jouer devant des milliers de gens toutes les nuits était un rêve devenu réalité pour un nouveau groupe comme nous. Nous sommes vraiment reconnaissants envers eux de nous en avoir donné l'opportunité. Ce sont tous des gens biens et ils nous ont bien accueillis. La réponse que nous avons eu, nuit après nuit, n'aurait pu être meilleure. Les gens semblaient vraiment impatients d'entendre quelque chose de nouveau et différent. Ils étaient enthousiasmés par notre son et notre performance. Nous avons rencontré et conquis beaucoup de nouveaux fans et c'était cool de passer un moment à parler avec tout le monde après les concerts. Nous pouvions sentir un changement se produire dans la musique en ce moment. Nous sommes heureux d'en avoir fait partie et sommes contents que les gens s'identifient à ce que nous avons à leur offrir. Nous pensons tourner aussi longtemps qu'humainement possible.
En juin, ils font une petite escapade en Europe où ils vont jouer au Barfly de Londres. Initialement, ils devaient effectuer une petite tournée européenne en passant par l'Allemagne et aussi par Paris mais malheureusement ces concerts seront annulés, faute de public. Ils se produisent ensuite pour deux concerts au mois de juillet à Toronto pour revenir aux USA, fin juillet en assurant la première partie de Incubus. Prélude à la tournée qu'ils vont entamer avec eux à partir de fin août et qui devait se poursuivre tout l'automne. Jouer avant Incubus était vraiment fabuleux, continue Shannon. Un public de 10 000 à 20 000 personnes qui étaient vraiment réceptives. Nous avons vécu des grands moments de notre vie.
Là, ils décident de se séparer de Kevin Drake et choisissent de ne pas le remplacer. Pour Jared, Kevin n'a jamais été un membre officiel de 30 Seconds To Mars. On l'a pris pour des tournées et on s'est vite rendu compte qu'il n'était pas dans le même état d'esprit que nous. Ces amoureux de la scène et du contact humain vont également exercer leur musique tout le mois d'août dans des petits clubs.
